

Impossible d'aller plus loin dans mes notes sans vous parler de la double personnalité de C.G.Jung qui s'était aperçu, dès les premières années de sa vie, sans avoir aucune notion de psychologie ou de philosophie, de la présence en lui d'une seconde personnalité. Par exemple, encore enfant, il se demandait, après un rêve très impressionnant : "qui parle en moi". Il dénomme dans son autobiographie Ma vie ces deux pôles de son être "n°1" et "n°2". Il les décrit ainsi (Ma vie,p. 65) :
"L'un était le fils de ses parents ; celui-là allait au collège, était moins intelligent, moins appliqué, moins convenable et moins propre que beaucoup d'autres ; l'autre, au contraire, était un adulte ; il était vieux, sceptique, méfiant et loin du monde des humains. mais il était en contact avec la nature, face à la terre, au soleil à la lune, aux intempéries, aux créatures vivantes et surtout à la nuit, aux rêves et à tout ce que "Dieu" pouvait évoquer immédiatement en moi."
Parallèlement à son moi humain bien différencié, le jeune Jung avait le bouleversant et intraduisible pressentiment de l'existence d'un "autre", en relation avec une dimension plus vaste. Non seulement l'"autre" n'avait pas perdu, comme c'est souvent le cas pour l'homme contemporain, une intime relation avec la Nature, mais il connaissait, je pourrais presque dire ressentait, Dieu comme un mystère secret et personnel. Il avait le sentiment d'une participation à quelque chose qui n'était pas lui (Ma vie, p;87) :
"Un peu comme si j'avais été touché par un souffle venu de l'univers astral et des espaces infinis ou comme si un esprit invisible était entré dans la chambre ; un esprit disparu depuis longtemps mais qui serait continuellement présent dans l'intemporel et jusque dans un lointain avenir. Les péripéties de ce genre étaient entourées du halo d'un numen."
L'"autre monde" auquel il eut accès très jeune par l'intermédiaire des rêves était celui d'un inconscient devenu perceptible à un âge où il n'est généralement pas activé. Cela explique certains comportements névrotiques et les nombreuses hésitation de Jung pendant son enfance et son adolescence. Les dialogues avec son autre intérieur le laissaient souvent déstabilisé, en particulier au moment de choisir une orientation pour ses études car, en lui, le numéro 1 et le numéro deux, qui avaient des goûts très différents poursuivaient leur lutte pour la domination.
Jung finit par se décider à étudier la médecine. Demeurait le problème d'une image intérieure difficile à assumer car, comme dans son enfance, deux images s'affrontaient en lui. Son aspect n°1 se présente, selon ses dires, comme un jeune homme assez antipathique, ambitieux, peu doué, instable et aux manières douteuses. L'aspect n°2 considère le n°1 comme une charge ingrate, alourdie par une quantité de défauts dont les plus graves sont le manque de compréhension et d'ordre, en particulier en ce qui concerne la philosophie et la religion. Ce n°2 n'est pas vraiment un "caractère" mais plutôt une sorte de "vision totale", et dépourvue d'indulgence, de la nature humaine. Cette vision voudrait s'exprimer mais elle répugne à le faire par l'intermédiaire "épais et obscur" du n°1. Un autre aspect, qui me semble très intéressant du n°2, car il annonce déjà le Jung de la maturité, est qu'il "se sentait en secret accord avec le Moyen Âge."
Arrivé à la fin de ses études secondaires Jung se trouve psychologiquement dans une situation critique qu'il décrit ainsi : "Quand le numéro 2 prédominait, le numéro 1 était enfermé en lui et suspendu ; inversement le numéro 1 considérait l'autre comme un royaume intérieur obscur." Il frôle le précipice d'une dangereuse dissociation de la personnalité quand, quelques mois après, il fait un rêve "inoubliable "et salvateur (ma vie, p.110):
"C'était la nuit, à un endroit inconnu. Je n'avançais qu'avec peine contre un vent puissant soufflant en tempête. en outre il régnait un épais brouillard. Je tenais et protégeais de mes deux mains une petite lumière qui menaçait à tout instant de s'éteindre. Or il fallait à tout prix que je maintienne cette petite flamme : tout en dépendait. Soudain j'eus le sentiment d'être suivi ; je regardais en arrière et perçus une gigantesque forme noire derrière moi. Mais, au même moment, j'avais conscience que - malgré ma terreur - sans me soucier de tous les dangers, je devais sauver ma petite flamme à travers nuit et tempête."
Ce rêve fut déterminant car il lui trouva un sens qui le guida jusqu'aux débuts de l'âge mûr. Il facilita son insertion dans la société et augmenta sa capacité de décision. Il comprit que sa personnalité n°1 portait la lumière et que la n°2 la suivait comme une ombre. La petite flamme, c'était sa conscience, l'unique et le plus précieux trésor en sa possession. Sa mission, à cette période de sa vie, était de de conserver cette flamme, si petite et si fragile par rapport aux puissances de l'ombre. Il lui fallait aller dans le monde de la surface, un monde qui ne veut rien savoir des secrets insondables des profondeurs, et s'y consacrer aux tâches quotidiennes. Cela représentait un lourd sacrifice pour ce jeune homme d'un caractère introverti qui se voyait contraint d'aller vers l'extérieur.
Jung choisit donc d'écarter sa personnalité numéro 2. Cependant, preuve que son cheminement était déjà amorcé, c'est avec une belle maturité qu'il comprit que renier complètement ce côté serait une "automutilation". Le n°2 devint flou, mais il s'installa définitivement à l'arrière plan de sa vie.
A la lecture de vos notes ou de vos commentaires, je pense que certains se retrouveront plus ou moins dans cette double personnalité de Jung.
Ariaga
Pour ceux qui seraient tentés par l'aventure poétique, je dirais même surréaliste, que représente la lecture de certains textes alchimiques et aussi pour ceux qui voudraient suivre le cheminement de Jung dans les ouvrages où il traite de la symbolique alchimique (eh oui, il y en a, je l'ai bien fait !), il est nécessaire de connaître les sept phases du Grand Oeuvre. Ces phases sont décrites en détail dans le "Dictionnaire mytho-hermétique" de Pernéty et très clairement résumées dans "Le symbolisme des nombres" de R. Allendy.
Les illustrations des ouvrages alchimiques représentent souvent les phases de l'Oeuvre comme une montée de marches aboutissant au couple illustrant la conjonction des éléments masculin et féminin. Voici une explication très succincte de ces mots clés :
En premier lieu il y a la calcination , c'est à dire, au moyen du Mercure des sages chauffé "au feu philosophal", la purification des corps et leur séparation de l'Humide qui les liait.
Suit la putréfaction, opération qui détruit la nature et la forme du corps putréfié, pour le transmuer et lui permettre de produire un corps nouveau.
Vient ensuite la solution, c'est à dire, selon Pernéty "la conversion de l'Humide Radical fixe en un corps aqueux par l'action de l'esprit volatil caché dans la première eau."
La quatrième marche est celle de la distillation, opération qui "subtilise toutes les eaux et les huiles".
Ensuite, la conjonction pendant laquelle il y a réunion des natures contraires et des qualités séparées. Il doit alors se faire un "mariage indissoluble même à la plus grande violence du feu."
Cette phase marquait la fin du premier degré du Grand Oeuvre. La suite nous est très bien décrite par Allendy :
"On obtenait alors le rebis androgyne,"(le rebis est un être double) "c'est à dire un produit évolué mais instable. Il fallait dans un second degré de l'Oeuvre, par la sixième phase appelée sublimation, pousser plus loin l'évolution du rebis au moyen de l'Elexir ; la septième phase, la coagulation, arrêtait cette évolution et la fixait en un stade définitif au moyen de la Teinture."
Rêve, vision, imaginations...
Sur la route est passé, un étrange cortège.
En tête se tenait le Vieil Homme de la Mer, une belle sirène, minuscule, perchée sur son épaule.
Il battait tambour soliste, suivi d'un grand orchestre de sifflements de vents et de vagues brisantes.
Derrière, en grand désordre, suivait une cohorte de bateaux délabrés usés par l'abandon et le manque de respect.
Il y avait les gros mourant dans des champs d'herbes où ils rêvaient des grandes vagues salées et des poissons brillants dans leur ventre affamé.
Il y avait de tous petits canots, croupissant sans espoir d'une rame d'enfant, dans la vase durcie en un lieu oublié par la marée.
Il y avait ceux, à moitié colorés, restés de longues années dans un garage sombre avec pour compagnie un vieux pot de peinture rouillé.
J'ai même reconnu, au passage, cette barque presque neuve, retournée au milieu des gravats d'une maison en construction.
En fin de cortège se traînaient les bois pourrissants semblables à des squelettes d'animaux dont il ne reste plus que les côtes.
Oui, j'ai vu passer un étrange cortège.
Révoltés par l'indifférence des hommes, ils allaient vers la mer.
Ariaga

Au bout du promontoire
Quand j'ai posé ma main sur la pierre humide
De la vieille croix granitique rongée de larmes
Elle a bruissé les soupirs des femmes
En attente devant la mer nue.
Les goélands au ventre blanc ont crié l'histoire
De celles en noir
Scrutant la profondeur sombre des eaux
Les soirs de lune ces femmes pieuses
Armées de leur chapelet
Croyaient apercevoir dans les gerbes d'écume
Echappés pour un soir du purgatoire de noyés
Les spectres de leur aimés
Levant leurs bras transparents pour crier leur détresse
Veuves avant d'être mères
Mères aux corps oubliés
Seules dans l'odeur rancie des lits clos elles avaient prié si fort que parfois
Pour un instant béni
Revenait la chaleur de leur amour perdu
Et je crois oui je crois
Comme ces femmes en noir
Que ces âmes transies arrachées à l'errance
Montaient au Paradis
Ariaga
Le chat de l'alchimiste ne connaît rien à l'or, philosophique ou non.
Le chat de l'alchimiste, repu et satisfait, tout contre la chaleur douce de l'athanor, médite longuement sur l'immobilité mais ses yeux entrouverts surveillent la cornue. Depuis bien des années, il attend que se casse, le verre qui retient, dans les reflets changeants de son rêve éveillé, des oiseaux fabuleux qui ne meurent jamais et des serpents qui tournent en se mordant la queue.
Le chat de l'alchimiste essaie d'approcher l'impossible infini du ronron silencieux.
Ariaga
Il y a des jours
où le noir remonte du fond des abysses
où meurent les mots.
Il y a des jours
où les lourds barreaux
qu'on avait coulé tout autour de soi dans l'or le plus pur
perdent leur beauté
c'était du plaqué.
Il y a des jours qu'il faut accepter
pour que la lumière puisse encore briller.
Ariaga
A mon ami Lapin qui tremble sous les feuilles
Compagnon de mes peurs anciennes et à venir
Petit frère innocent
Cette chanson d'amour
Moi aussi j'ai frémi et vibré dans le vent
Des tempêtes du coeur
J'ai eu peur du trou noir au détour d'un néant
J'ai eu peur des hauteurs et d'un Dieu trop vengeur
Qui compte les pèchés dont le nom fait trembler
Ccux qui craignent l'enfer
Et monsieur Lucifer
Petit lapin craintif moi aussi j'ai voulu
Rester dans mon terrier à l'abri des chasseurs
De coeur et de beauté
N'aie pas peur tendre frère ce ne sont que sornettes
La mort est un passage
La vie est herbe tendre
Broute la mon ami car dans chaque brin d'herbe
Habite le Divin
Ariaga