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J'ai relu, encore une fois, " Le Jasmin des Fidèles d'amour " de Rûzbehân un soufi-poéte-penseur-philosophe,visionnaire iranien du XII° siècle.
La préface et la traduction sont de Henry Corbin. (Éditeur Verdier, collection Islam spirituel.)
Il est dit dans cet ouvrage, que Dieu mène en ce monde les "Fidèles d'amour"(comparables aux fedeli d'amore, les compagnons de Dante) par des degrés qui vont de l'amour humain à l'amour divin. Qu'il ne s'agit que d'un seul et même amour. Je vous propose quelques citations :
" Le secret de la divinité est dans l'humanité, sans que la divinité subisse le trouble et le dommage d'une incarnation. La beauté dans la créature humaine est le reflet de la beauté de la nature divine. Avec moi commence la Création ; en Dieu elle trouve sa consommation. "
" Tantôt c'est l'âme qui est ton symbole, et tantôt c'est toi qui es le symbole de l'âme ...
Si aucun oeil n'a jamais vu la trace de la forme de l'âme
Voici que sur tes lèvres est visible le symbole de l'âme. "
Et la plus célèbre sur ce qui est exigé des Fidèles d'amour :
" Tantôt elle est dans les pleurs, tantôt elle est dans les rires ; tantôt ardente de feu, tantôt vibrante de musique ; tantôt la substance même de l'argile humaine est consummée par le feu de l'amour et tantôt le luth de prééternité accompagne la psalmodie. Tantôt dans l'ivresse mentale, tantôt dans la lucidité, tantôt abolie à soi même. Tantôt dans l'angoisse, tantôt dans l'exultation ; tantôt dans la crainte, tantôt dans l'espoir ; tantôt dans la séparation, tantôt dans la réunion. Pas d'étape où faire halte quand elle est séparée ; pas même de séjour à demeure, lors de la réunion. Voilà ce qui est exigé d'un Fidèle d'amour que Dieu mène en ce monde par les degrés de l'amour à l'ascension de l'amour divin ; parce que dans les jardins de l'amour, il ne s'agit que d'un seul et même amour, et parce que c'est dans le livre de l'amour humain qu'il faut apprendre à lire la règle de l'amour divin. "
C'est beau n'est-ce-pas ?

Oh ! que j'aimerais...
Mourir d'être une fleur
Et donner au soleil toute l'eau
Exploser de beauté dans un bain de lumière
Ivre du vin de l'univers
J'attends depuis des vies...
Ariaga (Ariane Callot)
" Le Dieu inconnu."
" Ce que Dieu est, nul ne le sait. Il n'est ni lumière, ni esprit,
Ni béatitude, ni unité, ni ce qu'on nomme Déité,
Ni sagesse, ni intelligence, ni amour, ni vouloir, ni bonté,
Ni chose, ni d'ailleurs non-chose, ni essence, ni affect,
Il est ce que ni moi ni toi, ni nul être
Ne peut éprouver tant que nous ne sommes pas devenus ce qu'Il est. "
ANGELUS SILESIUS
Le pélerin chérubinique, p. 220 ed. du cerf
Devant le grand livre de pierre de l'autel nu et les niches vidées de leurs statues,
une femme,
dévêtue par la vie du vêtement des mots,
pétrie de craintes et d'espérances folles,
chercheuse de pistes dans le désert de la nuit obscure,
nue comme à sa naissance,
face à un œil immense qui la scrute si fort que ses cellules tremblent
prie, éblouie d'espoir
prie, depuis si longtemps
pour que l’inonde enfin, comme une mer cosmique,
la lumière divine.
Ariaga (Ariane Callot)
Le chat de l'alchimiste ignore tout de l'or, philosophique ou non.
Le chat de l'alchimiste, repu et satisfait, tout contre la chaleur douce de l'athanor, médite longuement sur l'immobilité mais ses yeux entrouverts surveillent la cornue.
Depuis bien des années, il attend que se casse, le verre qui retient, dans les reflets changeants de son rêve éveillé, des oiseaux fabuleux qui ne meurent jamais et des serpents qui tournent en se mordant la queue.
Le chat de l'alchimiste essaie d'approcher l'impossible infini du ronron silencieux.
Ariaga (Ariane Callot)
Tu as déjà franchi l'ultime porte et je la franchirai aussi.
ET
nos mémoires s'oublieront.
Mais quand la roue des vies
nous ramènera sur le rivage
nus et étrangers
je connaîtrai encore
la couleur de ton âme
la saveur de ton corps
ET
le jour où je te retrouverai
je me pencherai vers toi
j'embrasserai la veine de ton cou
là où bat le sang.
Mes lèvres trembleront contre ta bouche
comme une petite vague fatiguée par une longue traversée
un souffle passera
à travers nos deux corps
ET
une nouvelle fois
nous œuvrerons ensemble
vers la grande alchimie
ET
tout recommencera
encore et encore
ET
l''amour grandira
Une dernière fois
jusqu'à se fondre en Or
et devenir Divin...
Sa main sur son épaule
Lui a frôlé le cœur
Et puis comme un murmure
Qui s'en va frémissant sur l'onde de la peau
À la pointe de son corps
A pulsé un frisson ...
Ariaga (Ariane Callot)
Quand on se canalise
Quand on analyse
Quand on se dialyse
Quand on banalise
Aseptisant sans cesse
Les joies et les ivresses
Les excès de tendresse
Pour la vie et ses liesses
On bâtit un grand mur
De pierres granitiques
Tout autour de la chair
Et l'âme devient grise
Parfois le mur s'écroule
Attaqué
Explosé
Par la vague puissante
De forces inconnues
Dont l'alcool est si fort
Que l'âme en est grisée
Ça s'appelle l'AMOUR
Je suis le vaisseau splendide d'un passager sans limite qui baigne mes cellules dans sa lumière
Seigneur, ne me donnez jamais la sagesse triste
De ceux qui vivent morts
Ne me donnez jamais la vertu laide
De ceux qui aiment dans la honte de leur corps
Laissez moi être une note de musique incarnée
Vibrant dans l'orchestre de l'univers
Laissez moi être une main qui caresse et qui donne
Donnez moi un AMOUR vaste comme la VIE
Et reprenez les mots les pourquoi et les portes
Pour que ma chair glorieuse frissonne
Spiritualisée par Votre grandeur cosmique
Ariaga (Ariane Callot)